Conférence de presse du Mouvement Réformateur sur le pouvoir d’achat des camerounais

Mot d’ouverture du Président national

 

Mesdames, Messieurs, Chers amis de la presse,

Je voudrais vous souhaiter la bienvenue à cette conférence de presse organisée par notre parti, le Mouvement Réformateur sur la situation du pouvoir d’achat de nos concitoyens.

Nous avons voulu initialement un échange centré sur la rentrée scolaire et les propositions de notre parti pour permettre à nos concitoyens de traverser ce moment avec un réel soulagement au regard du contexte difficile pour la plupart des parents. Contexte caractérisé par une baisse drastique du pouvoir d’achat des camerounais.

La conférence de presse Gouvernementale de la semaine dernière « contre la vie chère, consécutive à la crise sécuritaire en Europe de l’Est », loin de nous échapper, a conforté notre démarche tant, au-delà du folklore habituel de ces sorties, cette communication du Gouvernement a été à la fois d’une grande inutilité et une vraie moquerie pour nos concitoyens.

 

La sortie gouvernementale sus-évoquée nous a emmené à modifier un tout petit peu la consistance de notre échange du jour pour nous permettre aussi d’éclairer nos concitoyens en particulier sur la réalité que le Gouvernement veux masquer.

 

Sur les causes de la cherté de la vie dans notre pays.

 

Il faut dire à nos concitoyens que lier la situation difficile qu’ils traversent à la conjoncture internationale, aux conséquences de la guerre entre la Russie et l’Ukraine ou aux effets résiduels de la pandémie sans faire allusion même brièvement à la guerre dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest du pays est un mensonge et un signe du mépris que le Gouvernement manifeste vis-à-vis des camerounais.

En effet, Il n’échappe à personne qu’au regard du poids de ces deux régions sur l’économie nationale, la destruction de la vie sociale et économique du fait de la guerre dans les régions anglophones impacte directement l’économie nationale. De l’avis des experts,  les deux régions avec la SONARA et les exploitations agro-industrielles (CDC, Pamol…etc) génèrent approximativement 50% des recettes nationales en devises.

 

Le choix gouvernemental de maintenir ces régions en état de guerre est par conséquent un choix contre l’économie nationale et le bien-être de nos populations. On comprend dès lors pourquoi le Gouvernement veut masquer cette réalité.

A côté de la guerre, il y a le choix du Gouvernement de doter le pays d’un budget déficitaire en faisant recours à un endettement quasi anarchique. Il en résulte ces dernières années un service de la dette qui représente un des postes de dépense les plus importants du budget de l’Etat. En 2022, les charges financières de la dette représentent 47% des recettes fiscales et c’est le premier poste de dépenses du budget de l’Etat devant les dépenses d’investissements et les dépenses de personnel.

L’impact négatif de l’endettement sur l’économie nationale est d’autant plus préoccupant qu’avec la corruption, les détournements de fonds publics, le manque de maturation des projets ou la mauvaise gestion des projets, la dette camerounaise ne développe pas le pays.

Le cas de l’autoroute Edéa-Kribi pour desservir le port de Kribi est significatif à cet effet. Ce projet initialement estimé à 432 milliards pour une durée des travaux de 48 mois va coûter aux camerounais 762 milliards sur au moins 16 ans (192 mois), soit une augmentation du coût de 76% et des délais de plus 300%.

 

Si on ajoute la comparaison de ce coût à ce qui se fait ailleurs, en prenant par exemple l’autoroute de 95,6 kilomètres reliant Yamoussoukro à Bouaké en Côte d’ivoire avec toujours la Chine comme partenaire sur financement d’Exim bank of China pour un coût global de 172 milliards, on arrive à un coût du kilomètre d’autoroute dans notre pays entre 4 et 5 fois supérieur à ce qui se fait ailleurs.

Il apparait dès lors que la cherté de la vie dans notre pays est la conséquence directe des choix gouvernementaux. Les camerounais sont de plus en plus asphyxiés par les impôts pour soutenir l’effort de guerre dans les régions anglophones et payer la dette des projets largement surfacturés.

Il ne s’agit pas de balayer complètement d’un revers de main les effets de la pandémie ou de la guerre entre la Russie et l’Ukraine mais de dire que ces causes exogènes ont un très faible impact sur la vie nationale par rapport aux choix du Gouvernement évoqués plus haut.

On ajoutera pour finir sur ce point que même cet impact négatif, aussi mineur qu’il soit sur l’économie nationale est la conséquence du choix gouvernemental d’externaliser notre économie en refusant de développer la culture locale du blé, du riz…etc. ou encore la transformation locale du bois, du cacao…etc. Et sur ce point nous sommes au moins d’accord avec le Ministre du commerce qui a reconnu lors de cette fameuse conférence de presse que son gouvernement conduisait notre pays au suicide avec une économie dépendante de l’extérieur.

Sur les mesures clamées par le Gouvernement contre la vie chère.

Le Gouvernement semble se féliciter du correctif budgétaire suivant l’ordonnance du 2 juin 2022 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi de finance 2022 au motif que celui-ci a « permis de garder inchangés jusqu’à présent, les prix des hydrocarbures respectivement à la pompe et au détail, en dépit de l’envolée immédiate et presque généralisée des cours du baril observée sur le marché international »

 

C’est pourtant le même Gouvernement qui, en 2020 au plus fort de la baisse du prix du baril à moins de 20 dollars, a refusé de baisser les prix des hydrocarbures à la pompe en demandant des sacrifices aux camerounais.

 

Il convient de relever que depuis la dernière augmentation des prix à la pompe en 2014, le baril a chuté en deçà du niveau qui avait suscité ladite augmentation en sorte que le Gouvernement a accumulé des gains sur la période du second semestre 2014 jusqu’en 2021 avec de longs moments d’une subvention de soutien des prix à la pompe largement négative.

C’est dire qu’avec le système de stabilisation des prix en vigueur dans notre pays, il faudrait être sûr que la tendance à la hausse du prix du baril de Brent s’inscrit dans la durée pour envisager l’augmentation des prix à la pompe. Et, dans ce sens, le maintien des prix des hydrocarbures à la pompe ne saurait être considéré comme une mesure gouvernementale en faveur du pouvoir d’achat des camerounais. C’est plutôt un résultat  attendu du système de stabilisation de ces prix.

 

Dans la réalité, l’ordonnance du 2 juin 2022 est un dispositif du régime contre le pouvoir d’achat des camerounais qui renonce au soutien des prix des biens de première nécessité et augmente les droits et frais administratif. C’est aussi une mesure contre la croissance avec la baisse des dépenses de biens et Services  ainsi que celles des investissements.

 

Finalement, le correctif budgétaire tant célébré par le Gouvernement se réduit en réalité à l’utilisation des ressources additionnelles de la vente du pétrole par l’Etat au regard du cours favorable du baril pour satisfaire les bailleurs de fonds et potentiellement certaines revendications des enseignants avec des augmentations respectives de 85 milliards des charges  de la dette et 50 milliards de dépenses de personnel.

 Les propositions du Mouvement Réformateur contre la précarité

Après ces observations sur la sortie gouvernementale qui n’a pas pris la mesure de la situation difficile que nos concitoyens connaissent, nous allons vous présenter les propositions du Mouvement Réformateur pour le pouvoir d’achat, particulièrement en rapport avec la rentrée scolaire qui pointe à l’horizon.

Ce que nous révèle la récente communication gouvernementale, c’est l’éloignement de ceux qui sont au pouvoir des préoccupations réelles de nos concitoyens. Ils sont tellement préoccupés par la conservation de leurs privilèges que rien d’autre n’a d’importance à leurs yeux.

Depuis 2016, la tristesse et la désolation ont élu domicile dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest. Notre armée dont la vocation est de protéger la Nation y subit des pertes quasi quotidiennes. Les populations lorsqu’elles n’ont pas fui les exactions comme refugiés dans les pays voisins ou à l’intérieur du pays comme déplacés internes, y vivent la peur au ventre et sont régulièrement victimes des pires atrocités.

La guerre ne fait pas rage seulement dans les régions anglophones. Dans la région de l’extrême nord également qui reste la région la plus pauvre du pays avec un taux de pauvreté de plus de 74%, les populations demeurent harcelées par Boko Haram dont les exactions se poursuivent malgré les efforts de l’armée nationale et des comités de vigilance des populations.

Dans ces régions en guerre où la persistance des attaques des assaillants fragilise les populations qui fuient sous la menace des attaques en abandonnant les maigres ressources qu’elles avaient déjà, en quoi le correctif budgétaire peut-il être la réponse à la misère des populations ?

La situation de guerre dans certaines régions du pays a évidemment un impact négatif sur la vie sociale et économique du pays. Au-delà de la diminution drastique de la production ou de la forte réduction des emplois dans ces régions, le déplacement des populations vers d’autres régions aggrave le chômage, augmente les besoins en logement dans un contexte de pénurie ou de renchérissement du peu de logements existants et accentue l’insécurité urbaine.

Comment le pouvoir peut-il se  prévaloir des mesures contre la vie chère sans annoncer des actions concrètes en faveur de l’emploi ou du logement notamment. Dans un contexte fortement inflationniste, avec une augmentation en moyenne de l’ordre de 62% des prix de certains produits de première nécessité ces derniers temps, c’est proprement vouloir asphyxier les camerounais en maintenant les salaires aussi bas.

Face à la situation de pénurie des logements doublée de la flambée anarchique des prix de logements des propriétaires privés, l’Etat a lancé le programme de construction de 10 000 logements sociaux en 2009. Alors que le Gouvernement continue d’envisager des logements autour 7 500 000 FCFA, la réalité est amère pour les populations. A peine 500 acquéreurs depuis 13 ans ont pu prendre possession de leurs logements payés entre 17 millions et 22 millions. Autant dire, une vraie moquerie pour les populations.

Malgré ce contexte inflationniste, les salaires des camerounais sont restés bas de manière scandaleuse avec un SMIG à 36 270FCFA et des salaires de moins de 50 000 FCFA dans notre fonction publique pour un salaire moyen autour de 120 000FCFA dans notre pays. Comment nos concitoyens peuvent-ils vivre avec  un salaire moyens autour de 120 000 FCFA et un SMIG à 36 270 FCFA pendant que : Les appartements de 2 à 3 chambres sont loués autour de 80 000 FCFA et des studios (une chambre, salon, cuisine, douche) à 50 000 FCFA.

Le KG de viande est à 3 500 FCFA, le KG de poisson à 2 200 FCFA, le sac de 25KG de riz à 15 000 FCFA, le litre d’huile à 1 700 FCFA, 5 doigts de plantain à 1000FCFA,  un tas de 5 macabos à 1000 FCFA.

 

Le taxi à 250 FCFA, soit un minimum mensuel de 40 000 FCFA en frais de taxi pour une famille de 2 enfants, un ticket de train entre 6 000FCFA et 28 000 F CFA pour un aller simple entre deux villes par personne.

 

Face à cette situation d’un pouvoir d’achat extrêmement faible de nos concitoyens qui ne peuvent pas prendre en charge leurs soins de santé, ne peuvent pas se permettre des loisirs et ont de la peine pour assurer la scolarité de leurs enfants, à la veille de la rentrée scolaire, ceux-ci attendent des réponses fortes en faveur du pouvoir d’achat à la mesure de la situation inflationniste qu’ils subissent.

 

Le Mouvement Réformateur fait les propositions ci-après pour permettre aux camerounais d’avoir une vie descente et assumer pleinement leur citoyenneté

 

  1. Mettre un terme à la guerre dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest et renforcer la sécurité dans l’extrême nord face à Boko haram

 

  1. Augmenter les salaires de 30%, porter le SMIG à 90 000 FCFA et le salaire minimum des fonctionnaires à 120 000 FCFA

 

  1. Démanteler les barrages irréguliers sur les axes routiers et accorder une aide aux producteurs des cultures vivriers pour l’approvisionnement des marchés, plafonner les prix des produits de première nécessité.

 

  1. Plafonner à 10% le service de la dette dans le budget de l’Etat

 

  1. Baisser de 25% le prix des logements et geler leur augmentation sur 2 ans renouvelable

 

  1. Supprimer les frais d’APE dans les enseignements primaire et secondaire et réduire de 50% les frais universitaires ;

 

  1. Supprimer la redevance audiovisuelle et créer un fond d’aide à la presse et à la culture financer par les entreprises, les collectivités et l’Etat.

 

  1. Rendre effectif l’Assurance Maladie Universelle en mobilisant les financements auprès de tous les travailleurs, des entreprises, des collectivités et l’Etat

 

  1. Soutenir et inciter les initiatives privées visant à augmenter la production agricole nationale, mettre un terme aux programmes gouvernementaux et créer une banque de l’agriculture ;

 

  1. Soutenir la construction des logements sociaux par les entreprises privées à travers les subventions et les aides fiscales

 

Il faut mettre un terme à la détresse de nos concitoyens qui sont pris à la gorge. C’est pour cela qu’au-delà de notre programme politique, nos 101 idées réformatrices, notre parti propose au gouvernement et à l’ensemble de la collectivité nationale la mise en place urgente de ces 10 mesures.

 

Mesdames, Messieurs,

 

Il est temps d’agir maintenant et le Mouvement Réformateur appelle à l’union sacrée pour faire aboutir rapidement ces mesures.

 

Je vous remercie de votre attention

 

 

 

 

 

                                                                             Samuel BILLONG

                                                                                Président National

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